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jeudi 11 juin 2015

La Conférence nationale souveraine : 24 ans après ?

Le 10 juin 2015, il y a 24 ans que prenait fin, ici à Brazzaville, la conférence nationale souveraine. Ce forum avait pour mission essentielle de redéfinir les valeurs fondamentales de la Nation congolaise et de créer les conditions d'un consensus national, en vue de l'instauration d'un Etat de droit et d'une démocratie pluraliste, conditions nécessaires à un développement harmonieux d’un pays. Dommage, cette conférence fut, finalement, l’objet des enjeux de conquête du pouvoir. Comme lorsqu’on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne saura pas ce qu’on a trouvé, les Congolais étaient passés à côtés de l’objectif de cette conférence. Leur agir depuis cette conférence jusqu’aujourd’hui pousse à se demander à quoi ce dialogue avait-il servi.


Le Président Denis Sassou N’Guesso désignant Yhombi-Opango du doigt de se joindre à lui pour la cérémonie de lavement des mains. Ce dernier s’exécute avec un grand sourire que son hôte lui rend bien.
Le Président Denis Sassou N’Guesso désignant Yhombi-Opango du doigt de se joindre à lui pour la cérémonie de lavement des mains. Ce dernier s’exécute avec un grand sourire que son hôte lui rend bien.
La conférence nationale souveraine, tenue du 25 février au 10 juin 1991, avait mis en relief le rôle joué par plusieurs acteurs sociaux : syndicats de travailleurs, société civile, armée, confessions religieuses, etc. Le consensus avait été raté, surtout dès la publication des différents rapports des commissions portant sur la désignation des dirigeants qui auraient commis des crimes politiques et économiques. Plutôt que d’apporter de solutions aux maux qui minaient le pays, la conférence nationale souveraine en avait ajouté d’autres. 

Comme le souligne Jean-Claude Gakosso dans son ouvrage intitulé ’’La Nouvelle presse congolaise : Du goulag à l’agora’’, «la conférence nationale exhuma d’anciennes rivalités tandis que de lointaines rancœurs trouvèrent à s’extérioriser avec silence. Dans un irrésistible déchirement, chacun se défoula sur l’autre et laissa libre cours aux attaques les plus impitoyables. Tout ce qui pouvait sortir des tripes, du cœur, de l’imaginaire dut rendu sur le parquet. Aucun tabou ne subsista, pas même les choses de l’intimité conjugale. Alors que certains orateurs crurent bon séparer le bon grain de l’ivraie, d’autres qui avaient été au pouvoir, avec l’aggravante circonstance d’être originaires du Nord, étaient forcement des suppôts de du démon. Ceux qui revendiquaient ce pouvoir et qui étaient en train de le ’’récupérer’’ là, précisément au Palais des Congrès, avec le bonheur providentiel d’être originaire du Sud, étaient de dignes fils du pays. Face à la nation, ces derniers s’approprièrent le monopole du cœur et se proclamèrent chantres de la prospérité de l’Etat. Les règlements de comptes furent légion. Ils opposèrent d’une part, partisans et adversaires et, d’autre part, partisans entre eux, des divers régimes qui s’étaient succédé depuis l’indépendance» (éd. L’Harmattan, Paris 1977, pp.17-19). 

Pendant cette conférence, tous les Congolais, surtout les conférenciers, s’étaient présentés comme des gens aux mains propres. Une seule personne avait reconnu ses fautes et avait demandé pardon au peuple, observant son calme : c’était Denis Sassou N’Guesso. A cette occasion, il avait rappelé que « les tranches douloureuses, tragiques de notre histoire récente ont été longuement évoquées. Beaucoup de fils de ce pays ont péri, victimes des affrontements propres aux systèmes que nous avons connus. Certains ont payé de leur sang nos erreurs, d'autres ont succombé pour avoir pris des armes contre la République. Certains de ces épisodes demeurés obscurs, ont fait l'objet de témoignages publics qui donnent un éclairage neuf. D'autres ont fait l'objet de procès que seuls des éléments nouveaux pourraient remettre en question» 


Donnant la signification du forum, il disait : «Que signifie la conférence nationale que nous avons voulue? La grande introspection qu'elle représente doit avant tout viser la réconciliation et la reconstruction nationales. Il s'agit de panser nos plaies, non de provoquer de nouvelles déchirures. Ayons une pensée pieuse pour tous ces compatriotes, sans distinction! Que le souvenir de ce qu'a été leur destin nous détourne à jamais des pratiques de ces temps révolus (...) Faut-il enjamber d'autres corps pour arriver à la démocratie? Ma réponse est non (...) Le Président Youlou n'a pas eu le temps d'expérimenter le système monopartite. Le Président Massamba-Débat, qui a dirigé la première organisation monopartite, le Mouvement national de la révolution, n'est plus. De même que le Commandant Marien Ngouabi, qui a créé le Parti congolais du travail. Le Président Yhombi-Opango, qui a poursuivi l'expérience avec le Comité militaire du parti, n'est plus aux affaires. Le mal, je suis donc seul à l'assumer, et je l'assume, à titre collectif et individuel, au nom de tous les dirigeants de ce pays qui ne sont plus. Moi, j'assume pour nous tous, tout, notre passé, toute cette histoire commune dans ses errements comme dans ses mérites». 

Denis Sassou N’Guesso qui s’était abstenu d’accuser qui que ce soit indiquait que «l’avenir de la démocratie dans le monde, en Afrique, dans cette partie de l’Afrique et au Congo appartient non pas à ceux qui prétendent être innocents, purs et sans taches, mais à ceux qui sauront se convertir à cette nouvelle exigence». Il appelait les Congolais à garder et à consolider ce qui était porteur des ferments d’unité nationale, de paix et de patriotisme ; à s’éloigner à jamais du spectre de la division, de la haine, de l’apologie des tribus, des régions qui incite à les opposer les unes des autres. 

Les douloureux événements que le pays a connus après cette conférence et le comportement de certains compatriotes aujourd’hui est la preuve que les Congolais n’avaient pas compris le message du Président Denis Sassou N’Guesso. Parce que le paysage politique congolais est façonné par les besoins de l’estomac, la conférence nationale souveraine qui a 24 ans aujourd’hui n’a pas produits d’effets positifs au niveau du peuple. Seule la classe politique peut s’en réjouir

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