L’OBS – Quand Me Wade parle de Macky Sall, il déroule un tapis de révélations. Hier, à la réunion du Comité directeur du Parti démocratique sénégalais (Pds), l’ancien chef de l’Etat a violemment chargé son successeur qu’il a accusé de corruption dans deux affaires.
Macky Sall risque gros. Le chef de l’Etat a intérêt à prendre les devants et surveiller ses arrières pour ne pas se laisser surprendre. Ses chances de sortir indemne du plan concocté contre lui ne sont pas grandes. Surtout qu’il a affaire à un homme pugnace et fin stratège politique. La guerre que le chef de l’Etat a engagée contre son prédécesseur est loin de s’estomper. Bien au contraire, Me Abdoulaye Wade vient de sonner le début d’une bataille qui s’annonce longue et rude. A l’entendre parler, hier, à la réunion du Comité directeur du Parti démocratique sénégalais (Pds) qu’il a personnellement présidée, Macky Sall a prêté le flanc. Il est mouillé jusqu’au cou dans deux affaires qui puent le scandale au sommet de l’Etat. Me Wade a accusé Macky Sall d’avoir été «corrompu» dans le contentieux qui a opposé l’Etat du Sénégal à Arcelor Mittal. Sans porter de gants, le Secrétaire général du Pds reste convaincu que «le chef de l’Etat et son ministre des Mines (Aly Ngouille Ndiaye : Ndlr) qui avait négocié avec le groupe Arcelor Mittal ont reçu des pots-de-vin».
«Macky Sall et son ministre ont reçu des pots-de-vin dans l’affaire de Arcelor Mittal.» D’après l’ancien chef de l’Etat, si Macky Sall a reçu l’avocat français que l’Etat avait commis pour défendre ses intérêts pour lui payer ses honoraires et lui demander de ne plus s’intéresser au dossier, c’est parce qu’il y a une opération louche qui se préparait. Et la suite confirme ses certitudes. Me Wade réaffirme sa détermination à faire valoir le droit dans cette affaire. Il a annoncé, hier, devant son bataillon libéral presque au complet à la Permanence Oumar Lamine Badji, la décision du Pds de porter cette affaire devant la justice. Un avocat français sera commis pour traduire Macky Sall en justice.
«L’exploitation des niches de pétrole est confiée à son frère Aliou Sall et Frank Timis. C’est du vol !». Le scandale de Arcelor Mittal mis entre parenthèses, Wade ouvre une autre affaire qui accable terriblement le chef de l’Etat. Et c’est pour révéler l’implication dangereuse de la famille présidentielle dans les affaires de l’Etat. L’ancien président de la République a révélé à ses hommes que Macky Sall a confié l’exploitation des niches de pétrole découvertes au Sénégal à son jeune frère, Aliou Sall. Ce dernier est l’administrateur d’une société dénommée «Petro Tim Sénégal». D’après Wade, il s’est ligué avec un nommé Frank Timis, un riche homme d’affaires qui est aussi dans le marché du pétrole en Guinée. Mieux, Wade balance que les deux hommes ont déjà reçu des avances sur le contrat d’exploitation qui tourne autour de 200 milliards FCfa. Très sérieux et très serein, Me Wade jure d’avoir les preuves de ce qu’il avance. Des faits suffisamment graves et qui, à son avis, ne constituent pas une tentative de vol, «mais du vol». Loin de vouloir se limiter à dénoncer ces errements de Macky Sall, le Secrétaire général national du Pds compte saisir la justice pour faire annuler le contrat qui lie l’Etat, Frank Timis et le frère du Président Sall.
Cette connexion entre Aliou Sall et Frank Timis n’est pas nouvelle. Aux premières heures de l’arrivée de Macky Sall au pouvoir, son frère avait été présenté comme le porte-valise de l’homme d’affaires qui est partenaire et associé à des investisseurs chinois de Petro-Tim Limited. Des chinois que Aliou Sall avait avoué avoir connus quand il était ministre-conseiller, chef de la mission économique du Sénégal en Chine pendant six ans. (Voir L’Observateur n°2743 du lundi 12 novembre 2012).
«Je me demande s’il n’a pas un marabout qui lui a donné des garanties.» Apparemment dépassé par l’ampleur des dégâts commis et la légèreté avec laquelle Macky Sall gère certaines affaires de l’Etat, Me Wade se pose la question : «Je me demande s’il n’a pas un marabout qui lui a donné des garanties et qui justifie le fait qu’il fasse tout ce qu’il veut.» D’après Wade, «Macky Sall est imbattable sur le terrain des écarts dans la gestion des affaires de l’Etat. Il n’a pas d’égal dans la mauvaise gestion. Il n’y a que lui qui ose poser certains actes.»
«Macky est le premier fêtard, on l’a vu danser le wango publiquement.» Le Comité directeur du Pds a aussi retrouvé son leader toujours taquin. En commentant la dernière sortie de Macky Sall qui avait, samedi dernier, déploré la propension des Sénégalais à toujours faire la fête, Me Wade a fait tordre de rire les responsables de son parti. «Lui, c’est le premier fêtard. On l’a vu lors de l’anniversaire de son parti danser publiquement le wango», rappelle-t-il, avec un brin d’humour. Et de jurer que la marche prévue le 22 novembre va se tenir à tout prix. Macky est encore averti.
NDIAGA NDIAYE
GENESE DE L’AFFAIRE ARCELOR MITTAL
Quand l’Etat accepte de perdre près de 2 500 milliards FCfa
En 2006, Mittal a voulu faire une Opa sur Arcelor et devenir le numéro un de la sidérurgie, Mittal Steel Company, propriété du milliardaire indien Lakshimi Mittal, se devait de prouver sa bonne santé financière. C’est ainsi qu’il avait décroché un contrat d’exploitation des mines de la Falémé (700 millions de tonnes de fer) et a promis d’investir 1 000 milliards de dollars (500 000 milliards FCfa) au Sénégal. Après avoir réussi son coup, il a ravalé son engagement pour le Sénégal. Le Président d’alors, Me Wade, saisit le Tribunal arbitral qui donne raison à l’Etat du Sénégal qui réclame 5 milliards de dollars, soit 2 500 milliards de FCfa en guise de réparation du préjudice subi. La procédure suit son cours et soudain, Macky Sall arrive au pouvoir et reconsidère la position de l’Etat. Il engage des négociations par le canal du ministre des Mines, Aly Ngouillle et dessaisit l’avocat alors commis par le régime de Wade. Le règlement à l’amiable opté par Macky Sall rapporte 75 milliards FCfa au Trésor public contre les 2 500 milliards FCfa prononcé par le Tribunal. Une générosité qui réveille des soupçons. A ce moment, le Forum civil avait même exigé du gouvernement la publication des rapports d’expertise relatifs à l’évaluation des préjudices subis par l’Etat du Sénégal. Une saisine de l’Ofnac avait même été annoncée.
ND. NDIAYE

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