Pour beaucoup d’observateurs le phénomène de ‘’candidats indépendants’’ qui a caractérisé les élections législatives et municipales de 2006, annonçait déjà cette volonté de changer la classe politique du pays. En effet, ce changement a fini par représenter explicitement un thème du programme électoral du Président de la République Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz en 2009 et semble lui rester encore cher.
Malgré les résultats déjà obtenus –et dont notamment les partis créés pour les jeunes et les jeunes élus députés ou conseillers municipaux ou encore promus à de hautes fonctions administratives- on ne cesse de se poser des questions du genre pourquoi changer la classe politique ou comment l’Initiateur de ce changement l’envisage-t-il ?
Mais, ne serait-il pas opportun de jeter d’abord un regard rétrospectif pour savoir comment s’est constituée la classe politique qu’on tient aujourd’hui coûte que coûte à changer?
Concernant ce dernier point, nos historiens sont mieux placés pour vous retracer, chers lecteurs, les principaux évènements ayant fait émerger les premiers noyaux à l’origine de la présente classe politique et les générations d’hommes politiques qui l’ont successivement précédée.
Ceci serait certainement possible à travers une description détaillée et une bonne caractérisation de chacune des périodes suivantes et des hommes qui se sont faits alors remarquer:
(i) la période d’avant l’indépendance en 1960 (gestation ou genèse d’un cadre géographique et politique),
(ii) la période Daddah de 1960-1978 (expérimentation d’un Etat central pour toutes les composantes de la société ),
(iii) la période 1978-1984 (la vision est remplacée par des compromis conjoncturels) et
(iv) la période de 1984 à nos jours (remonté progressive en surface de tous les problèmes dont certains ont toujours été considérés comme des bombes à retardement); chaque période pouvant être, bien sûr, subdivisée en sous-périodes par les spécialistes et les témoins éventuellement en vie.
Revenant à la question pourquoi cet acharnement pour changer la classe politique actuelle, deux hypothèses pourraient être évoquées.
D‘abord, le Président de la République veut rétablir plus de justice sociale et donner une chance à des gens - jeunes ou vieux- qui ne répondaient pas aux critères ayant jusqu’ici prévalu dans l’accès aux postes électifs et nominatifs dans l’administration publique.
Il s’agit d’inverser ou de changer la tendance selon laquelle de tels postes auraient été quasi-héréditaires. En d’autres termes, ils passent de père en fils dans les descendants des premiers hommes qui avaient combattu les colons ou facilité leur pénétration parmi les notabilités (Emirs, Chefs de tribus et de villages, Hommes de religion, etc.) et des premiers intellectuels et similaires.
Font partie également de ces privilégiés historiques, les descendants des étrangers auxquels on a fait recours, avant et après l’indépendance, pour administrer ce territoire pour qui on retiendra, parmi ses cinq noms utilisés alors, celui de la Mauritanie.
Le vrai sens de cette orientation, compatible avec l’œuvre envisagée pour la réconciliation nationale et la cohésion sociale, serait une mise en cause du mode de gouvernance et, en conséquence, des réformes pertinentes qui peuvent, parfois, comprendre des mesures impopulaires ; la paix sociale étant étroitement liée à la justice sociale.
Selon la deuxième hypothèse, le rajeunissement de la classe politique serait l’objectif visé à travers ce générique de ‘’changement de la classe politique’’.
Alors deux scénarii seraient envisageables. Dans le premier, les jeunes à promouvoir seraient choisis dans les mêmes milieux comme avant et suivant les mêmes critères, ce qui voudrait dire qu’on prendra les fils et les filles de ceux qui devraient être éliminés aujourd’hui parmi nos actuels hommes politiques.
Dans le deuxième scénario, outre les milieux traditionnels, une partie des jeunes sera choisie au sein des sensibilités à caractère politique et ethnique et puis dans les franges de la société ayant souffert, dans le passé, de la marginalisation. L’ambition des jeunes et l’expérience des anciens restent cependant réconciliables et leur association, vivement recommandée.
Quant à comment effectuer les formes de changement préconisées, deux approches prédominent indifféremment du fait qu’on cherche sérieusement à promouvoir la justice sociale dans le fonctionnement des institutions de l’Etat ou que le souci se limite tout simplement à rajeunir cette classe politique jugée trop vieille, voire mourante.
Il y a d’abord la possibilité d’opérer ce changement par décision de celui qui dispose du pouvoir de nommer dans les postes civils et militaires et de désigner, pour son camp politique, les candidats pour le parlement et les Conseils municipaux.
La deuxième approche consiste à considérer le changement en question comme un processus. Dans ce cas précis, il revient au Président de la République d’enclencher ce processus et de créer les conditions nécessaires pour l’accélérer afin d’atteinte les objectifs fixés le plus rapidement possible.
Indifféremment de la compréhension donnée au changement de la classe politique par son Initiateus, il ne faudra pas perdre de vue que la vielle garde est vigilante et qu’elle est capable, en cas d’une volonté ferme pour un changement profond, de faire avorter toute dynamique menaçante.
Aussi, la politique est, comme partout ailleurs, un jeu monopolisé par les détenteurs d’argent. Elle est surtout considérée comme une branche de l’industrie où le seul promoteur est celui qui peut perdre le montant qu’il y invertit sans risquer la faillite. Là on découvrira d’abord, l’avance prise en termes de moyens par la génération à remplacer sur ses nouveaux concurrents et ensuite, la difficulté de son démantèlement.
Cette même génération avait, souvenez-vous, combattu les réformes préconisées pour la fonction publique et retardé particulièrement l’application de ses corps professionnels.
Enfin, notre souci à tous devra être la contribution à la préparation de la relève, non seulement dans le domaine politique, mais aussi dans celui de l’Administration, elle qui souffrira davantage des départs à la retraite et du niveau des générations montantes, produit des dernières réformes de notre système éducatif. N’est-ce pas, le Gouvernement de l’après 02 Août prochain aura du pain sur la planche?
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

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