Le MNLA et ses acolytes (le MAA et le HCUA) boivent du petit
lait. Après leur rencontre, à leur camp de Kidal, avec le président
mauritanien, le général Mohammed Ould Abdel Aziz, dépêché sur place par
le président IBK pour négocier au plus tôt un cessez-le-feu, les groupes
armés ne doutent plus d’une chose : ils auront, au moins, une autonomie
renforcée pour Kidal. Pas la seule ville de Kidal mais plutôt la région
entière. Ils bombent d’autant plus le torse que le président
mauritanien, qui partage depuis longtemps leur cause, leur a promis son
propre appui (en tant qu’émissaire d’IBK), celui de l’Union Africaine,
qu’il préside, ainsi que celui de la communauté internationale, afin de
contraindre l’Etat malien (ou ce qui en reste) à se plier aux quatre
volontés des rebelles.
Une source proche du MNLA nous confie : « De puissants amis nous
ont conseillé de ne pas demander l’indépendance de Kidal dans l’immédiat
car elle ne serait pas acceptée par l’ONU; par contre, elle viendra
d’elle-même si, pour l’instant, nous nous contentons d’une large
autonomie qui ne peut nous être refusée ».
Autres arguments de poids que les groupes armés comptent mettre dans
la balance de leur stratégie émancipatrice : l’occupation de Kidal et de
plusieurs autres localités du nord, l’interdiction faite aux troupes
maliennes d’y remettre les pieds jusqu’à la finalisation d’un accord de
paix global, mais aussi et surtout la sympathie française.
De plus, alors que les rebelles s’étaient aliénés une grande partie
de l’opinion internationale en tuant de sang-froid des préfets et
sous-préfets, ils ont, plus tard, habilement oeuvré à se faire passer
pour les victimes innocentes de l’attaque militaire malienne lancée sur
leurs positions le mercredi 21 mai 2014.
Au-delà de la France, les groupes armés comptent sur le soutien de
l’Algérie qui a besoin d’un Kidal libre pour continuer à en faire une
soupape de sécurité, un déversoir de ses propres terroristes, lesquels
pourraient se retourner contre l’armée algérienne s’ils n’avaient pas
d’espace pour mener leurs trafics criminels.
C’est dans la perspective de l’autonomie de Kidal que le MNLA, le
plus malin et le plus connu des groupes armés, songe à former ses
cadres: ingénieurs, techniciens, financiers, administrateurs,
interprètes, etc. Suite à un accord avec des activistes belges et
suisses, les séparatistes s’apprêtent à envoyer dans ces deux pays
quelque 160 cadres en formation. Que fera le Mali pour l’empêcher ? On
ne sait.
Le MNLA ne s’arrête d’ailleurs pas en si bon chemin. Fort de
ses armes, il travaille au corps les chefs de tribus et fractions
nomades du nord pour les faire adhérer à sa logique anti-malienne.
Maniant la carotte et le bâton, il arrive de mieux en mieux à ses fins.
Ainsi, à Kidal, on se souvient des manifestations populaires orchestrées
pour empêcher la visite de l’ex-Premier Ministre malien, Oumar Tatam
Ly, et de l’actuel, Moussa Mara. Même scénario à Ménaka, ville tombée
depuis mercredi 21 mai 2014 aux mains des groupes armés : le MNLA y a
fomenté, mercredi 28 mai 2014, un bruyant mouvement de femmes et
d’enfants qui demandaient le départ de l’armée malienne refugiée dans le
camp de la MINUSMA.
Comme nous l’avons révélé dans de précédentes livraisons, les rebelles tiennent à relier Kidal au fleuve Niger. « Sans eau, comment vivrions-nous ? », fait remarquer une nos sources.
C’est pourquoi, lorsqu’ils ont été empêchés de prendre Gao et Ansongo
par la Force Serval, les groupes armés se sont repliés sur Faffa, ville
riveraine du fleuve, située à la frontière nigérienne, à 380 kilomètres
de Kidal. Là, le MNLA a planté son drapeau et se pavane en seigneur.
Afin de garder le maximum d’atouts à négocier, les groupes armés ont mis
un pied dans la région de Tombouctou en plantant leur fanion à Goundam.
Tiékorobani
SOURCE: Procès Verbal du
3 juin 2014.

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